Richard Cerf

Photographie contemporaine art plastique

La course du Lézard 2001-2006

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Retour d'Afrique

 

Les étoiles filantes en ampoules électriques qui sillonnent les rues humides de Bordeaux, ne parviennent pas à colorer ma cervelle encore chaude de soleil malien. Le froid humide sur les paquets cadeaux m’encrasse le moral. Les temps sont durs, il n’y a rien d’autre que de la pellicule dans mon frigo et je me pose un tas de questions, concernant le bric-à-brac de l’existence, de la création, du temps, de la mémoire, de ce qui anime l’un, l’autre, l’encombre, le transforme, le réjouis, l’anesthésie…le tue.
Après une longue absence, je retrouve mon atelier.Vaste capharnaüm: dessins, peintures, photos, sculptures, textes, lettres, projets divers, objets, souvenirs suspendus, images tentées, carnets… Trier, archiver, garder, jeter, faire place nette?
Sur une des mes étagères encombrée, je découvre au fond d’une boîte d’allumettes ce petit lézard trouvé, en 1980, momifié dans la poussière stratifiée d’un grenier. Sa parfaite conservation m'étonne et curieusement, il ne me ramène pas en arrière, mais rend présent ce qui a existé, comme s’il reliait fugitif à durée fondamentale et me mettait en relation avec l’invisible monde, qui crée et échappe à l’espace-temps.
Le rangement est de battre le rappel de toutes les pièces du puzzle, qui envahissent mon atelier, à l’aide du levier lézard …
2006 Le puzzle est reconstitué, rien n’est jeté, rien n’est conservé. La course du lézard est une série photographique de plus.






Un lézard circonspect se faufile par les brèches et les fissures d’une muraille de concepts.Qu’il apparaisse ou pas, est sans importance. Il n’est que le point de départ, le vecteur d’une navigation à vue pour une exploration qui ignore les hiérarchies du temps, les cohérences géographiques et historiques.Il va d’évènements en détails, d’expériences en procédés, confronte des mondes qui ne peuvent s’interpénétrer, en appelle d’autres et les rend illusoires.À aucun moment, il n’est question d’association d’idées.Créer une atmosphère d’ensemble, provoquer un choc narratif, déclancher des émotions.Le lézard englobe tout ce qui semble se dérober à « l’objectif ».Séquences et plans s’enchaînent. Sa course est un générique sans fin qui défile en boucle sur lui-même.
© R.Cerf