Richard Cerf

Photographie contemporaine art plastique

Coordonnées

Richard Cerf

BORDEAUX
Gironde
Aquitaine
France

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LA COURSE DU LEZARD 2001-2006Décembre 2001    Retour d’Afrique.   Les étoiles filantes en ampoules électriques qui sillonnent les rues humides de Bordeaux, ne parviennent pas à colorer ma cervelle encore chaude de soleil malien. Le froid humide sur les paquets cadeaux m’encrasse le moral. Les temps sont durs, il n’y a rien d’autre que de la pellicule dans mon frigo et je me pose un tas de questions, concernant le bric-à-brac de l’existence, de la création, du temps, de la mémoire, de ce qui anime l’un, l’autre, l’encombre, le transforme, le réjouis, l’anesthésie…le tue. Après une longue absence, je retrouve mon atelier, vaste capharnaüm. Dessins, peintures, photos, sculptures, textes, lettres, projets divers, objets, souvenirs suspendus, images tentées, carnets…Trier, archiver, garder, jeter, faire place nette? Sur une des mes étagères encombrée, je découvre au fond d’une boîte d’allumettes ce petit lézard glané, en 1980, momifié dans la poussière stratifiée d’un grenier. Je l’examine, étonné de sa parfaite conservation. Curieusement, il ne me ramène pas en arrière, mais rend présent ce qui a existé. C’est comme, s’il reliait fugitif à durée fondamentale, s’il me mettait en en relation avec l’invisible monde, qui crée et échappe à l’espace-temps. Le rangement est de battre le rappel de toutes les pièces du puzzle, qui envahissent mon atelier, à l’aide du levier lézard … 2006Le puzzle est reconstitué, rien n’est jeté, rien n’est conservé. La course du lézard est une série photographique de plus. Un lézard circonspect se faufile par les brèches et les fissures d’une muraille de concepts.Qu’il apparaisse ou pas, est sans importance. Il n’est que le point de départ, le vecteur d’une navigation à vue pour une exploration qui ignore les hiérarchies du temps, les cohérences géographiques et historiques.Il va d’évènements en détails, d’expériences en procédés, confronte des mondes qui ne peuvent s’interpénétrer, en appelle d’autres et les rend illusoires.À aucun moment, il n’est question d’association d’idées.Créer une atmosphère d’ensemble, provoquer un choc narratif, déclancher des émotions.Le lézard englobe tout ce qui semble se dérober à « l’objectif ».Séquences et plans s’enchaînent. Sa course est un générique sans fin qui défile en boucle sur lui-même.





"Divine Quincaillerie générale et diverse"   Dés mon arrivée à Bamako en octobre 2000, la première enseigne lue sur la route de l’aéroport, annonçait clairement, sans que je le sache encore, ce qu’allaient être ces trois mois de résidence d’artiste. Habituellement, il se dit : “l’art, c’est la vie”. Pour cette fois, ce fut le contraire. Le produit de mes fantasmes, tout ce que je croyais être issu de mes conceptions artistiques, se révéla bien vite être le quotidien de milliers de gens. Dés lors, je me suis retrouvé comme happé par l’existence, arraché de mon isolement, et plongé dans une formidable marmite de sorcière parmi les bulles de savon à la densité de boules de pétanque et à l’intérieur de laquelle, tout ne trouve pas de forme visible, même si parfois, l’indicible devient tangible. C’était tant de richesses, de diversité et d’abondance que j’ai dû abandonner l’observation et me contenter de suivre simplement ce qui se présentait à moi. Ce qui, un jour, fit dire à Madou :"Quand on cherche le chameau, on ne voit pas le lapin. Toi, tu suis le lapin". Un peu comme les fourmis, les lapins rentrent, sortent, et vont partout. Sortes de troisième élément, de médiateur circulant et creusant entre les choses, ils vont, entre le pire et le meilleur (pourtant indissociables ici), ouvrant des espaces, tous propices à la création. Ce lapin là, tout à fait baroque, je l’ai suivi. Naturellement, je me suis retrouvé à travailler comme la plupart de mes confrères Maliens. Avec des films vendus, développés et tirés en 10 x 15 par un labo amateur de Bamako.La surexposition due à la machine étalonnée sur les tons chair évoque la multitude d’atmosphères dégagées par cette ville.Au fil des jours, j’ai collé ces images sur des pages et tout autour, dans leur périphérie, en prenant bien soin de ne jamais déborder, je me suis efforcé d’en révéler toute la plasticité, avec l’espoir de restituer l’amoncellement, la profusion d’ambivalences et d’extrêmes intimement mélangés et parfaitement organisés, tels que me l’offrit cette grande cité pas encore tout à fait citadine.